Une scène glaçante s’est déroulée à Boston cette semaine : des immigrants déjà approuvés pour devenir citoyens américains ont été retirés de la file, quelques instants avant de prêter serment, étape ultime de leur naturalisation. Ils avaient passé des années à traverser enquêtes, contrôles, procédures administratives et examens civiques, mais au moment de recevoir leur citoyenneté, on leur a annoncé qu’ils n’étaient plus éligibles – non pas en raison d’une faute personnelle connue, mais en raison de leur pays d’origine.
Selon plusieurs témoignages recueillis à Faneuil Hall, l’U.S. Citizenship and Immigration Services (USCIS) a informé certains candidats qu’ils ne pouvaient pas être naturalisés, bien que leurs dossiers aient été validés. Le serment a eu lieu, mais sans eux.
« Les gens sont dévastés et terrifiés », a déclaré Gail Breslow, directrice exécutive de Project Citizenship, à la station NPR WGBH.
« Une personne demandait : Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi cela m’arrive-t-il ?
Ce cas n’est pas isolé. Partout aux États-Unis, des entretiens de naturalisation sont annulés ou reportés sans explication claire. Certaines personnes reçoivent même des notifications de cancellation directement via le portail officiel de l’USCIS.
Les origines des personnes affectées ne sont pas anodines : Iran, Soudan, Érythrée, Haïti, Somalie, et d’autres nations majoritairement d’Afrique ou d’Asie figurent parmi les plus touchées. Beaucoup sont issus de pays concernés par le travel ban imposé sous l’administration Trump, dont l’application continue d’avoir des répercussions.
La Maison-Blanche a même suspendu temporairement le traitement des demandes venant de 19 nations classées sensibles, sous prétexte de protéger le territoire contre « les étrangers terroristes » ou les overstayers de visa.
Devenir citoyen américain est un parcours long :
examen linguistique, test civique, entretien, fouilles de sécurité, préoccupations fiscales, années de résidence légale, puis audience finale.
Or, c’est précisément lors de cette dernière étape la cérémonie de serment que certains se voient arrêtés brutalement.
Pour les organisations de défense des migrants, cette pratique soulève un doute institutionnel majeur : comment l’État peut-il valider des dossiers pendant des années, pour ensuite rejeter les candidats dans les dernières minutes, sans justification transparente ?
Le choc moral est profond : ces personnes ont travaillé, payé leurs impôts, contribué à l’économie, parfois servi dans des programmes communautaires, dans l’espoir de devenir citoyens. Pourtant, leur avenir bascule sur un simple mot d’un agent administratif.
Pour de nombreux observateurs, ces actions risquent d’installer une culture de méfiance et de discrimination systémique. Si la citoyenneté peut être retirée arbitrairement juste avant sa validation, qu’en est-il de la fiabilité de l’État de droit ?
Mais pour les victimes, elle apparaît politique et profondément injuste.
Cette situation appelle désormais à un débat national sur la transparence, l’égalité de traitement et la dignité humaine dans les processus migratoires des valeurs que la citoyenneté américaine est censée incarner.

