La polémique autour d’une supposée indemnité de départ que s’attribuerait le Conseil présidentiel de transition ne surgit pas dans un vide politique ou médiatique. Si Radio Télé Métronome affirme aujourd’hui détenir des informations sensibles mettant en cause le CPT, cette posture de dénonciation tranche radicalement avec l’attitude qu’adoptait le même média à une période antérieure, lorsque le Conseil bénéficiait encore d’un climat de bienveillance, voire de soutien appuyé, dans certaines sphères médiatiques.

Il est de notoriété publique que Radio Télé Métronome, son PDG, ne s’est pas toujours située dans un rapport frontal avec le CPT. À ses débuts, la transition avait trouvé auprès de plusieurs médias un espace de compréhension, parfois même de légitimation, dans un contexte où l’urgence sécuritaire et institutionnelle imposait une certaine retenue critique. Métronome faisait alors partie de ces voix qui accordaient au Conseil le bénéfice du doute, sinon une indulgence assumée.

La rupture, elle, ne s’est pas produite dans l’abstrait. Elle coïncide avec une séquence précise : celle des recompositions autour du Fonds National de l’Éducation. À cette époque, metronome était régulièrement cité comme intéressé par une implication directe ou indirecte dans l’orbite stratégique du FNE, institution clé à la fois financièrement et symboliquement. La révocation de la directrice générale du FNE, événement politiquement sensible, a marqué un tournant. À partir de ce moment, le ton de Radio Télé Métronome à l’égard du CPT s’est progressivement durci, jusqu’à basculer dans une posture ouvertement critique.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire la révélation actuelle. Non pas pour la disqualifier automatiquement, mais pour la situer. Une information n’est jamais produite hors sol ; elle s’inscrit dans des rapports de forces, des déceptions, des exclusions et parfois des revanches. Le journalisme d’investigation peut naître d’une conviction citoyenne sincère, mais aussi d’une rupture d’alliances. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs, et c’est précisément pour cela que l’analyse doit être rigoureuse.

Sur le fond, Radio Télé Métronome avance des éléments extrêmement précis : montants chiffrés en dollars américains, projet d’arrêté, articles numérotés, avantages annexes, menaces politiques internes. Un tel niveau de détail ne s’invente pas aisément. Mais il pose une exigence tout aussi élevée : celle de la preuve matérielle. À ce jour, aucun document officiel n’a été rendu public par le média, alors même que la Présidence a opposé un démenti formel, certes général, mais juridiquement clair.

Le démenti présidentiel, toutefois, ne suffit pas à éteindre la controverse. Il n’aborde pas les éléments contextuels, ne répond pas à la question d’éventuelles discussions internes, et ne clarifie pas si un projet a existé puis été abandonné. Ce silence partiel laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, surtout dans un pays où la mémoire collective est marquée par des décisions prises dans l’ombre, puis niées publiquement.

Ce duel entre Radio Télé Métronome et la Présidence n’est donc pas uniquement un conflit entre information et démenti. Il est aussi l’expression d’une recomposition des alliances, d’un média qui est passé de partenaire implicite à opposant déclaré, et d’un pouvoir qui découvre tardivement que ceux qui hier l’accompagnaient peuvent aujourd’hui le fragiliser. Dans cet affrontement, la population observe avec un scepticisme légitime, consciente que la vérité ne se situe ni toujours du côté des communiqués officiels, ni systématiquement du côté des révélations médiatiques.

Une chose est certaine : tant que les documents évoqués ne sont pas rendus publics, tant que les circuits administratifs ne sont pas éclaircis, et tant que la transparence ne remplace pas la communication défensive, cette affaire continuera d’alimenter le doute. Et dans un pays épuisé par l’insécurité, la misère et les promesses non tenues, le doute est déjà une forme de violence politique.

Ce n’est donc pas seulement la question d’une prime qui est posée, mais celle de la crédibilité de tous les acteurs : un pouvoir en fin de mandat, un média en rupture, et une société qui, une fois de plus, cherche la vérité entre les lignes d’un affrontement qui la dépasse.

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