La Caisse d’Assistance sociale (CAS) est appelée à changer de direction. Jhony Raphaël a remis sa démission au ministre des Affaires sociales et du Travail, Marc-Élie Nelson, invoquant un climat institutionnel devenu, selon lui, incompatible avec la poursuite de ses fonctions.
Dans une correspondance dont Zafè News a obtenu copie et portant le cachet de réception du MAST en date du 30 septembre, Jhony Raphaël indique que son départ prend effet dès réception de la lettre.
Le responsable explique avoir pris cette décision après de « longues réflexions approfondies ». Il fait surtout état de « situations d’impositions répétées » qui auraient, selon sa version, provoqué une rupture du climat fonctionnel de la CAS depuis mars 2026, période correspondant à l’arrivée de Marc-Élie Nelson à la tête du ministère.
La lettre reste toutefois succincte. Elle ne précise ni la nature des impositions dénoncées ni les décisions qui auraient opposé le directeur de la CAS à sa tutelle. Une copie de la correspondance a également été adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Le départ de Jhony Raphaël intervient après plusieurs mois durant lesquels les relations entre la CAS et le ministère ont fait l’objet d’interrogations publiques.
Marc-Élie Nelson avait effectué, le 13 mars dernier, une visite à la Caisse d’Assistance sociale. Accueilli par Jhony Raphaël, le ministre avait alors annoncé son intention de renforcer la collaboration avec l’institution, notamment autour de l’amélioration des services destinés aux populations vulnérables et de la situation des employés contractuels.
Cette coopération s’était ensuite traduite publiquement par plusieurs interventions conjointes. En avril, le ministre et le directeur de la CAS avaient notamment participé à des activités d’assistance sociale et à une mission dans l’Artibonite et le Nord. Lors d’une opération organisée le 13 avril, les autorités avaient annoncé la distribution de 13 600 chèques d’allocation, dont 3 600 à de nouveaux bénéficiaires, ainsi que la préparation de la nomination de centaines d’employés contractuels.
Mais des signes de désaccord avaient émergé quelques mois plus tard. Le 7 août, Haiti News révélait l’existence d’une lettre de réprimande datée du 17 juillet 2026, adressée à Jhony Raphaël par Marie Hérolle Michel, directrice générale du MAST.
Selon une source proche du dossier citée par ce média, cette mesure aurait été liée au refus de Raphaël d’approuver une vingtaine de contrats que cette même source présentait comme irréguliers. Cette affirmation n’a cependant jamais été confirmée publiquement par le MAST ou par la CAS, et doit donc être considérée comme une version rapportée, et non comme un fait établi.
Deux jours avant la date de cette lettre de réprimande, Jhony Raphaël dirigeait encore une délégation de la CAS à Kenscoff afin de coordonner une assistance destinée aux personnes déplacées par les violences armées. HaitiLibre rapportait notamment la distribution de 2 000 kits alimentaires et la préparation de mesures d’assistance supplémentaires.
La situation sociale interne de la CAS constituait par ailleurs un dossier sensible depuis plusieurs mois. En mars, des employés de l’institution avaient publiquement demandé aux autorités d’améliorer leurs conditions de travail et réclamé une politique de nomination plus large. Selon ces employés, près de 95 % du personnel était alors sous statut contractuel — un chiffre présenté par leurs représentants et qui ne correspond pas, à notre connaissance, à un audit indépendant publié par l’État.
Malgré les tensions rapportées, la CAS avait poursuivi ses opérations. En mai, l’institution avait notamment organisé une clinique mobile à Delmas 33 en faveur des personnes déplacées. Jhony Raphaël avait alors déclaré qu’environ 2 500 personnes avaient bénéficié de soins au cours de cette journée.
La démission du directeur apporte désormais une dimension nouvelle aux désaccords apparus au cours des derniers mois. Les termes employés dans sa lettre suggèrent un différend institutionnel profond, sans toutefois en exposer précisément les causes.
Au moment de la rédaction de cet article, aucune réponse publique du MAST aux motifs invoqués par Jhony Raphaël n’avait été retrouvée dans les sources consultées. Aucun successeur n’avait non plus été officiellement annoncé.
La prochaine décision des autorités sera donc particulièrement suivie, tant pour déterminer qui prendra les commandes de la Caisse d’Assistance sociale que pour savoir si le ministère apportera des éclaircissements sur les circonstances ayant conduit au départ de son directeur.
