Pendant longtemps, le Fonds national de l’éducation a été un mot lourd de soupçons. On le citait, on le réclamait, on l’accusait, mais personne ne savait vraiment comment il fonctionnait. L’argent de l’école circulait comme un fantôme : on savait qu’il existait, mais on ne voyait ni ses pas ni ses traces. Cette époque est peut-être en train de s’achever.

Devant la presse, à l’occasion des Mardis de la Nation, le Directeur général du FNE, Élysée Collagène, a parlé sans détour. Ce qu’il a trouvé en arrivant n’avait rien d’un modèle : désordre administratif, règles floues, décisions concentrées entre quelques mains, dettes accumulées, et une institution qui survivait plus qu’elle ne gouvernait. Il a donc commencé par le commencement : remettre des règles là où il n’y en avait plus.

Des manuels de procédures, des textes clairs, des décisions partagées, voilà la nouvelle grammaire du FNE. Ce n’est pas spectaculaire, ce n’est pas viral, mais c’est exactement ce qui manquait. Car un État ne tombe pas seulement par la violence : il tombe aussi par le flou, par le laisser-aller, par l’habitude de faire “comme ça”.

Le geste le plus fort, le plus symbolique, c’est peut-être celui-là : les chèques scolaires ne seront plus donnés n’importe comment, ni à n’importe qui. Désormais, ils porteront le nom des écoles. Pas celui d’un parent, pas celui d’un intermédiaire, pas celui d’un ami d’ami. Celui de l’établissement. Simple, logique, presque banal. Mais en Haïti, le banal est devenu révolutionnaire.

Sur plus de sept mille demandes, des milliers ont été rejetées pour irrégularités. Cela fait mal, mais cela dit la vérité : le système était percé de partout. Et pourtant, 543 familles recevront une aide dès cette semaine. Pas des promesses. Des chèques. Des vrais. Et pour les plus vulnérables.

Il y a aussi un chiffre qui claque comme un réveil : en 2023, le FNE avait deux milliards de gourdes de dettes. Aujourd’hui, la trésorerie affiche 5,9 milliards. On peut discuter la méthode, on peut surveiller la suite, mais on ne peut pas ignorer le signal. Quand l’argent public commence à être géré comme de l’argent public, quelque chose bouge.

Rien n’est gagné. Le pays est trop habitué aux réformes qui s’arrêtent au discours. Mais pour une fois, il y a des procédures, des commissions, des chiffres, des règles. Et surtout, il y a une idée simple qui revient : l’argent de l’école n’est pas un cadeau, c’est une responsabilité.

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