La frontière canado-américaine de Saint-Bernard-de-Lacolle, au sud du Québec, a enregistré en 2025 une augmentation marquée du nombre de demandeurs d’asile, selon des données officielles publiées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Entre le 1er janvier et le 14 décembre 2025, 14 919 personnes ont été interceptées à ce point d’entrée, contre 7 715 pour la même période en 2024, soit une hausse avoisinant les 93 %.
Cette progression significative intervient dans un contexte politique nord-américain tendu, marqué notamment par le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis au début de l’année. Plusieurs organismes communautaires estiment que le durcissement des politiques migratoires américaines, combiné à une intensification des opérations de contrôle et d’expulsion, a contribué à accroître le sentiment d’insécurité parmi certains migrants présents sur le territoire américain.
Les statistiques révèlent que le mois de juillet 2025 a été le plus chargé à Saint-Bernard-de-Lacolle, avec 3 493 interceptions. Ce poste frontalier demeure l’un des principaux points de passage pour les personnes cherchant à déposer une demande d’asile au Canada, en particulier au Québec.
À l’échelle nationale, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) indique avoir traité 32 765 demandes d’asile au pays au 14 décembre 2025. Ce chiffre représente toutefois une diminution d’environ 43 % par rapport à la même période en 2024, où 57 025 demandes avaient été enregistrées. Le Québec suit une tendance similaire, avec 21 147 demandes traitées en 2025, contre 30 506 l’année précédente.
Cette divergence entre la hausse observée à Saint-Bernard-de-Lacolle et la baisse globale s’expliquerait par plusieurs facteurs, dont une réorganisation des itinéraires migratoires, un renforcement des mécanismes de renvoi vers les États-Unis et une application plus stricte de certaines ententes bilatérales. En 2025, plus de 4 100 demandeurs d’asile ont ainsi été retournés du Canada vers les États-Unis.
Sur le terrain, des acteurs communautaires rapportent une détresse croissante parmi les migrants. Frantz André, du Comité d’action des personnes sans statut, souligne que les images d’arrestations menées par les services américains de l’immigration, largement relayées sur les réseaux sociaux, alimentent la crainte chez plusieurs communautés. « Beaucoup de personnes estiment ne plus être en sécurité aux États-Unis », affirme-t-il.
Parmi les migrants concernés figurent de nombreux ressortissants d’Amérique du Sud et d’Haïti. Certains font partie des quelque 350 000 Haïtiens susceptibles de perdre leur statut de protection temporaire aux États-Unis dans les prochains mois, une situation qui alimente l’incertitude et pousse plusieurs à tenter leur chance au Canada.
Alors que les autorités canadiennes continuent de surveiller l’évolution de la situation, l’augmentation des interceptions à Saint-Bernard-de-Lacolle relance le débat sur la gestion des flux migratoires, la coopération entre Ottawa et Washington, ainsi que sur la capacité du Canada à répondre à ces mouvements de population dans le respect de ses engagements humanitaires.
