La stupeur s’est abattue sur Camp-Perrin. Deux jeunes vies arrachées en pleine nuit, au cœur d’un foyer où l’on aurait dû se sentir protégé. Velanda et Valentina Gaspard l’une élève en secondaire (NS3), l’autre étudiante en sciences infirmières ont été tuées, le 6 décembre 2025, dans une mise en scène de violence qui interroge autant qu’elle révolte. Le Sud découvre une forme d’insécurité jusque-là associée à d’autres régions du pays : celle qui s’insinue dans les maisons, massacre sans explication et laisse derrière elle une peur muette.
Selon des éléments audio attribués au journaliste Valéry Numa, l’attaque s’est produite à Champlois, dans le domicile de l’ex-épouse de Luckson Morin, ancien propriétaire de La Différence Borlette, retrouvé mort dans son véhicule à Port-Salut le 9 avril 2023. Cette connexion biographique n’éclaire pas encore les motivations du crime, mais renforce la perception d’un fil rouge tragique, où les violences semblent frapper des familles déjà marquées par le deuil.
Les assaillants auraient commencé par abattre les chiens de la maison, avant de battre la propriétaire, puis d’exécuter les deux jeunes filles. Cette progression méthodique, presque rituelle, souligne une intentionnalité froide : neutraliser les défenses, terroriser les survivants, éliminer des cibles sans confrontation. Ce niveau de violence suggère davantage qu’un simple vol ou règlement improvisé. Il évoque un acte ciblé, planifié, possiblement lié à des dynamiques locales souterraines dont les habitants n’ont pas les clefs.
Dans la région, les interprétations circulent : vengeance, intimidation, ramifications économiques, ou simple contagion du climat criminel national. Camp-Perrin, longtemps perçue comme une commune agricole paisible, se retrouve brutalement à l’intérieur d’une carte de l’insécurité dont les frontières semblent s’élargir de semaine en semaine. L’émotion y est palpable la terreur aussi. Les réactions des habitants montrent une demande d’État, d’ordre, mais surtout de sens. Pourquoi ces deux jeunes filles ? Pourquoi ici ? Et pourquoi maintenant ?
Au-delà de l’horreur immédiate, cette affaire illustre une mutation inquiétante : la violence n’est plus seulement un phénomène urbain ou périphérique ; elle se régionalise, se privatise, frappe de manière sélective. Ce qui fait de ce crime un traumatisme, ce n’est pas uniquement la mort de deux innocentes, mais la perception d’un territoire où plus rien n’est stable : ni la maison, ni la nuit, ni l’avenir de la jeunesse.
Le Sud se retrouve ainsi témoin involontaire d’un glissement : l’espace rural, jadis refuge, devient zone grise, propice à des exécutions silencieuses que l’on peine à expliquer. En l’absence de version officielle consolidée, l’enquête devra répondre à plusieurs questions essentielles :
— Ces meurtres sont-ils liés à l’assassinat de Luckson Morin en 2023 ?
— S’agit-il d’un conflit familial, économique ou criminel ?
— Ou bien d’une manifestation locale de la fragmentation sécuritaire du pays ?
Tant que ces interrogations restent sans réponse, les habitants vivent dans le soupçon. Et là réside peut-être la dimension la plus destructrice de ce drame : la dissolution de la confiance collective. Car si deux jeunes filles studieuses peuvent être tuées dans leur propre lit, alors personne n’est réellement à l’abri.
L’affaire de Camp-Perrin n’est pas simplement un fait divers macabre ; elle devient un signe. Un symptôme d’un pays où l’État se retire et où la violence se réécrit, de manière silencieuse, sur le dos de la jeunesse celle-là même qui devrait porter demain.
Pour l’instant, Velanda et Valentina deviennent les noms d’une indignation qui cherche une cause. Il appartiendra aux enquêteurs d’établir les faits. Mais il appartient déjà à la société de constater que l’assassinat de deux jeunes filles dans leur maison ne peut pas ne doit pas devenir une normalité statistique.
C’est le Sud, cette fois. Et beaucoup craignent que ce ne soit qu’un début.
