Le dossier déposé au Parquet de la Croix-des-Bouquets le 10 décembre 2025 constitue un cas d’école. Non par son caractère exceptionnel, mais par la précision avec laquelle il expose les conséquences économiques d’une occupation armée prolongée. Charles Henri Jean-Marie Baker y décrit, noir sur blanc, la disparition fonctionnelle de sa propriété agricole de Santo 19.
Les infractions évoquées vandalisme, vol par effraction, destruction, association de malfaiteurs sont classiques dans les zones sous contrôle de gangs. Ce qui l’est moins, c’est l’ampleur des pertes chiffrées : près de 26 millions de gourdes. Dans un pays où les données économiques fiables font défaut, ce document agit comme un révélateur brutal.
Le dossier souligne également un point rarement discuté : l’impossibilité pour les propriétaires et les autorités d’accéder aux sites occupés. Cette réalité crée une zone grise juridique où la loi existe sans pouvoir s’exercer. La plainte pose donc une question implicite mais lourde : que vaut le droit de propriété lorsque l’État n’en garantit plus l’accès physique ?
ZafeNews note enfin que le plaignant décline toute responsabilité quant à ce qui aurait pu être introduit ou commis sur sa propriété durant l’occupation. Une précaution juridique révélatrice d’un climat où la victime doit anticiper les conséquences pénales d’un territoire qu’elle ne contrôle plus.
Ce dossier, désormais public, dépasse le cadre d’un contentieux individuel. Il met l’appareil judiciaire face à une alternative claire : traiter ces pertes comme de simples faits divers ou reconnaître qu’elles participent d’un effondrement économique organisé, dont le coût collectif reste, pour l’instant, largement impuni.
